« Un risque de liquidité dès 2026 » : la Sécurité sociale en sursis selon la Cour des comptes

Sécurité sociale

Dans son rapport de mai 2025, la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme : la Sécurité sociale française, pilier du modèle de protection sociale, fait face à une situation financière critique. Le financement des nouveaux déficits n’est plus garanti et une crise de liquidité pourrait survenir dès 2026, menaçant la stabilité du système.

Une dégradation rapide et continue des comptes

La Sécurité sociale, institution centrale de la solidarité nationale, voit ses déficits se creuser à un rythme inquiétant. Selon le rapport de la Cour des comptes, le déficit cumulé des régimes obligatoires de base et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) a atteint 15,3 milliards d’euros en 2024, soit près de 5 milliards de plus que prévu.

Pour 2025, les projections tablent sur 22,1 milliards d’euros, voire 23 milliards selon le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026.

Cette dérive s’explique par une double dynamique :

  • Des recettes moindres que prévu, en raison d’une croissance économique molle et d’un rendement des cotisations sociales affaibli ;
  • Des dépenses soutenues, particulièrement dans la branche maladie, où l’ONDAM (objectif national de dépenses d’assurance maladie) est régulièrement dépassé.

En d’autres termes, les dépenses sociales progressent plus vite que les recettes, accentuant un déséquilibre structurel déjà ancien.

Le point de bascule : une mécanique de financement en panne

L’alerte la plus grave porte sur la mécanique de financement du système. Jusqu’à récemment, la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) absorbait une partie des dettes de la Sécurité sociale, permettant un refinancement à moyen et long terme dans de bonnes conditions. Mais depuis 2024, ce mécanisme est saturé.

Les nouveaux déficits s’accumulent désormais dans la trésorerie de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), qui ne peut emprunter que sur le court terme sur les marchés financiers. Une situation périlleuse : selon la Cour, le financement des nouveaux déficits ne peut plus être assuré dans des conditions satisfaisantes.

À ce rythme, l’Acoss pourrait être contrainte de refinancer jusqu’à 70 milliards d’euros par an à court terme — une dépendance dangereuse à la conjoncture et aux taux d’intérêt.

En cas de tension sur les marchés, la fermeture des lignes de crédit ou une hausse brutale des coûts d’emprunt deviendraient probables.

Pourquoi le risque est-il si imminent ?

Si la Cour évoque une crise majeure autour de 2027, plusieurs analyses estiment que 2026 pourrait déjà constituer un point de rupture. Plusieurs facteurs convergent :

  • Une croissance économique faible, pesant sur les recettes issues de la TVA et des impôts affectés ;
  • Une masse salariale stagnante, réduisant les cotisations sociales ;
  • Une explosion des dépenses de santé, notamment en médecine de ville, urgences et maladies chroniques ;
  • L’épuisement des marges de manœuvre des organismes de financement.

Ces éléments, cumulés, fragilisent la trésorerie et rendent le système incapable d’absorber un nouveau choc économique ou sanitaire.

Quelles conséquences si la crise éclate ?

Une crise de liquidité en 2026 aurait des conséquences considérables.

À court terme, l’État pourrait devoir intervenir pour garantir la continuité des paiements. Mais d’autres scénarios plus sombres sont envisagés :

  • Gel ou report d’investissements dans le système de santé ;
  • Retards de remboursement ou réduction des prestations sociales ;
  • Hausse des taux d’emprunt de l’Acoss, aggravant encore la dette ;
  • Recours accru à la fiscalité pour combler le déficit.

Pour les assurés, cela pourrait se traduire par une dégradation de l’accès aux soins, une augmentation des restes à charge et une dépendance renforcée aux complémentaires santé.

Les pistes de la Cour des comptes

Face à ce constat, la Cour appelle à des réformes structurelles urgentes. Parmi ses recommandations :

  • Renforcer la maîtrise des dépenses, notamment dans la branche maladie ;
  • Réviser les allégements et exonérations de cotisations, afin de redonner de la visibilité aux recettes ;
  • Établir un calendrier clair de résorption du déficit et de la dette sociale ;
  • Prolonger ou restructurer la Cades, pour lui permettre d’absorber à nouveau une partie des déficits.

L’heure des choix

Le verdict de la Cour est sans appel : la trajectoire actuelle est insoutenable. Sans inflexion majeure, 2026 pourrait marquer le tournant d’une crise de financement historique.

Le gouvernement et le Parlement devront alors arbitrer entre trois options : augmenter les recettes, réduire les prestations, ou combiner les deux.

L’enjeu dépasse la simple comptabilité : il s’agit de préserver le modèle social français, fondé sur la solidarité et la mutualisation des risques. Mais le temps presse — chaque mois de retard creuse un peu plus le fossé entre ambition sociale et réalité budgétaire.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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