En ce début d’année 2026, les marchés financiers sont secoués par une flambée spectaculaire des matières premières. L’or, l’argent et l’uranium atteignent des niveaux historiques, portés par les tensions géopolitiques, l’inflation persistante et l’accélération de la transition énergétique mondiale.
Alors que les investisseurs cherchent des refuges solides, une question domine : cette ruée peut-elle encore durer
Un début d’année sous haute tension pour les matières premières
À peine deux semaines après le passage à la nouvelle année, les marchés des matières premières précieuses et stratégiques affichent une dynamique hors normes. L’or dépasse les 4 600 dollars l’once, l’argent frôle les 93 dollars, tandis que le secteur nucléaire, porté par l’uranium et les ETF spécialisés, enregistre des performances à deux chiffres.
Cette envolée ne doit rien au hasard. Elle résulte d’une combinaison explosive : instabilités géopolitiques persistantes, inflation structurelle, demande industrielle en forte hausse et transition énergétique accélérée.
Autant de facteurs qui redessinent profondément les équilibres des marchés mondiaux en ce début de décennie.
L’or, valeur refuge absolue, vise les sommets
Depuis le 1er janvier, l’or affiche une progression d’environ 7 %, atteignant 4 618 dollars l’once à la clôture européenne du 15 janvier. Après avoir inscrit un nouveau record historique au-dessus de 4 635 dollars en séance, le métal jaune marque une légère consolidation, sans remettre en cause sa tendance haussière de fond.
Les catalyseurs sont bien identifiés. Les tensions au Moyen-Orient restent vives, la guerre en Ukraine s’enlise, et le retour de politiques protectionnistes aux États-Unis, sous l’administration Trump, ravive les craintes de guerre commerciale.
À cela s’ajoute un appétit toujours plus marqué des banques centrales. La Chine, en tête, poursuit des achats massifs, avec une moyenne estimée à plus de 70 tonnes par mois en 2026.
Les ETF adossés à l’or physique enregistrent des flux entrants records, tandis que les grandes banques d’investissement révisent leurs objectifs à la hausse. UBS évoque un objectif de 5 000 dollars l’once avant l’été, Goldman Sachs allant jusqu’à 5 200 dollars d’ici la fin de l’année.
Certes, un dollar trop fort ou un changement inattendu de ton de la Réserve fédérale pourrait provoquer une correction. Mais dans le contexte actuel, l’or reste le bouclier privilégié contre l’inflation, l’instabilité monétaire et le risque géopolitique.
L’argent, le grand gagnant de ce début 2026
Si l’or rassure, l’argent impressionne. En seulement quinze jours, le métal blanc a bondi de plus de 25 %, passant de la zone des 72–75 dollars à près de 93 dollars l’once. Une performance exceptionnelle, inédite depuis la crise sanitaire de 2020.
Cette envolée s’explique par la double nature de l’argent. À la fois valeur refuge et métal industriel stratégique, il bénéficie d’une demande explosive dans le solaire, l’électronique et les véhicules électriques.
Près de 90 % des panneaux photovoltaïques intègrent de l’argent, et la transition énergétique mondiale accentue cette pression.
Côté offre, la situation se tend. Les stocks du COMEX atteignent des plus bas historiques, tandis que certaines grandes mines, comme Cannington en Australie, ralentissent leur production. Les investisseurs particuliers affluent massivement sur les ETF comme SLV, faisant grimper les volumes à des niveaux records.
Les projections deviennent ambitieuses. JPMorgan vise 100 dollars l’once d’ici juin, et certains analystes n’excluent pas des niveaux compris entre 135 et 150 dollars sur l’ensemble de l’année 2026, en cas de pénurie durable.
Une phase de consolidation reste toutefois possible à court terme, notamment si les taux longs américains se tendent brutalement.
Uranium et nucléaire : la transition énergétique s’accélère
Le troisième pilier de cette envolée concerne le nucléaire et l’uranium, désormais considérés comme des actifs stratégiques incontournables de la transition énergétique. L’ETF Global X Uranium (URA) progresse d’environ 19 % depuis le début de l’année, tandis que le VanEck Uranium & Nuclear (NLR) affiche une hausse comprise entre 14 et 16 %.
L’uranium spot évolue autour de 83 dollars la livre, mais les contrats long terme dépassent déjà les 100 dollars, traduisant des tensions croissantes sur l’offre future. Bank of America anticipe un prix de 130 dollars fin 2026, porté par des perspectives de demande inédites.
La Chine prévoit jusqu’à 128 réacteurs nucléaires d’ici 2030, la France relance sa filière avec Flamanville, le Japon redémarre progressivement ses centrales, et même l’Allemagne évoque un possible moratoire sur la sortie du nucléaire.
Parallèlement, les géants de la tech comme Meta ou Google sécurisent des contrats nucléaires pour alimenter leurs data centers dédiés à l’intelligence artificielle.
Les grands producteurs, tels que Cameco et Kazatomprom, affichent des carnets de commandes pleins jusqu’au début des années 2030, renforçant la pression sur les prix.
Investir en 2026 : opportunité historique ou excès de marché ?
Face à cette situation, de nombreux gérants recommandent des allocations offensives : jusqu’à 30 % en or, 20 % en argent et 15 % en uranium via des ETF spécialisés. Ces actifs offrent une protection simultanée contre l’inflation, les conflits armés et les défis énergétiques.
La prudence reste néanmoins de mise. Un apaisement géopolitique inattendu ou un accord diplomatique majeur pourrait provoquer des prises de bénéfices rapides. Mais à ce stade, la tendance est claire : la peur, la rareté et la transition énergétique dictent la loi des marchés.
Et en ce début 2026, tous les signaux convergent dans la même direction.


