Secteurs à fuir, secteurs à saisir — le guide de l’investisseur en période de conflit

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La guerre au Moyen-Orient bouleverse les marchés financiers et renforce l’incertitude économique mondiale.
Dans ce contexte, faut-il se replier sur l’Europe ? Quels sont les secteurs européens à privilégier, ceux à éviter et les stratégies à adopter pour sécuriser ses investissements tout en captant le potentiel de rebond ?

Europe : touchée mais pas condamnée

Depuis les premières frappes fin février, les marchés mondiaux ont été fortement secoués. L’Europe s’est retrouvée en première ligne : Paris a perdu 3,46 %, Francfort 3,44 % et Milan 3,92 % dès les premiers jours du conflit.

La menace d’une nouvelle crise inflationniste, rappelant celle de 2022 déclenchée par l’invasion de l’Ukraine, plane à nouveau sur le Vieux Continent.

La croissance prévue pour l’Union européenne en 2026, estimée à +1,5 %, pourrait être revue à la baisse si le prix du pétrole restait durablement supérieur à 80 dollars le baril. Dans le même temps, le S&P 500 américain n’affichait qu’un recul de -5,4 % en dollars, confirmant la valeur refuge relative des actifs américains.

Les investisseurs ayant renforcé leur surpondération américaine ont ainsi montré une meilleure résilience face au choc.

Malgré ces difficultés, abandonner totalement l’Europe serait une erreur stratégique. Même en période de crise, certains secteurs européens continuent de prospérer, offrant des opportunités aux investisseurs attentifs.

Les secteurs à éviter à court terme

Certaines industries restent particulièrement vulnérables à la hausse des coûts de l’énergie et à l’incertitude économique. Parmi elles :

  • Le tourisme, fortement dépendant des flux internationaux ;
  • L’automobile, confrontée à la flambée des carburants et à la désorganisation des chaînes logistiques ;
  • Le fret maritime et l’aviation, pénalisés par la hausse des coûts et la baisse de la demande.

La force du dollar comme valeur refuge met également sous pression les devises européennes. Les entreprises importatrices, payant leurs fournitures en dollars, voient mécaniquement leurs coûts augmenter, ce qui affecte directement leur rentabilité.

Les investisseurs doivent donc être sélectifs et éviter les secteurs trop exposés aux risques énergétiques et monétaires.

Les secteurs européens qui résistent et prospèrent

1. La défense : un moteur solide
Le secteur de la défense constitue le premier bénéficiaire de la crise. Des entreprises comme l’allemand Renk ou l’italien Leonardo enregistrent des gains notables, les investisseurs anticipant une augmentation des commandes OTAN et des exportations d’armement.

Les budgets de défense européens, déjà en hausse en 2026, ne rencontrent plus de freins politiques et devraient continuer à soutenir la croissance de ce secteur. La volonté des États de renforcer leur autonomie stratégique crée un contexte favorable à long terme pour les acteurs de la défense.

2. L’énergie : profiter des hausses de prix
Le secteur énergétique européen bénéficie directement de la flambée des prix du pétrole et du gaz. Des groupes comme Shell et TotalEnergies ont vu leurs performances s’améliorer. TotalEnergies, avec sa double exposition au pétrole et au gaz naturel liquéfié (GNL), est particulièrement bien positionnée sur le CAC 40.

L’Allemagne, de son côté, a annoncé un plan de 8 milliards d’euros en 67 points pour atteindre ses objectifs climatiques et réduire sa dépendance aux combustibles fossiles. Ce signal fort renforce l’attractivité des énergies renouvelables : fabricants d’éoliennes, équipementiers solaires et opérateurs de réseaux électriques pourraient en tirer profit sur un horizon de 6 à 18 mois.

La combinaison d’une demande énergétique accrue et d’une transition verte soutenue par l’État offre aux investisseurs des opportunités durables et diversifiées.

3. Les opportunités industrielles
Certains titres industriels européens, comme ArcelorMittal ou BASF, ont subi une correction sous l’effet des craintes de stagflation. Cette baisse crée néanmoins des points d’entrée intéressants pour les investisseurs cherchant un rapport gain/risque attractif, en particulier si le conflit venait à s’apaiser.

Les industriels européens bien positionnés pourraient bénéficier d’une reprise solide à moyen terme.

Les valeurs refuges à manier avec prudence

Face à l’incertitude, beaucoup d’épargnants se sont tournés vers les métaux précieux. Cependant, l’or et l’argent ont effacé une grande partie de leurs gains depuis le début du conflit. Dans ce contexte, le dollar et les obligations d’État américaines s’avèrent plus fiables à court terme, surtout dans un choc pétrolier.

Cette réalité, contre-intuitive pour certains, reflète la primauté des devises fortes face aux incertitudes géopolitiques et énergétiques.

La stratégie recommandée : pivoter plutôt que fuir

Si la prudence reste de mise, rester exposé au marché actions est essentiel pour capter le potentiel de rebond. Un apaisement des tensions — cessez-le-feu, médiation internationale ou réouverture du détroit d’Ormuz — pourrait déclencher une reprise rapide. Quitter totalement les marchés, c’est risquer de manquer cette opportunité.

La discipline prime sur l’émotion. En Europe, les secteurs à privilégier aujourd’hui sont la défense, l’énergie intégrée et les renouvelables. Hors Europe, conserver une exposition américaine significative permet d’amortir les chocs et de profiter de la stabilité relative des actifs américains, jusqu’au retour d’un climat plus serein sur les marchés mondiaux.

L’Europe, un marché porteur malgré la crise

Malgré les tensions et l’incertitude, l’Europe demeure un marché complexe mais porteur. En combinant prudence, sélection sectorielle et diversification géographique, les investisseurs peuvent tirer parti des opportunités offertes par la défense, l’énergie et les industries stratégiques, tout en se protégeant des secteurs vulnérables.

La clé réside dans un positionnement réfléchi, capable de capter le potentiel de rebond tout en limitant les risques immédiats liés aux tensions géopolitiques et à la volatilité énergétique.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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