Fonds euros : un pilier de l’épargne française désormais remis en question

fonds en euro

Longtemps considérés comme un pilier incontournable de l’épargne française, les fonds euros voient aujourd’hui leur statut chahuté. Si leur rendement s’est amélioré depuis 2023 grâce à la remontée des taux, la fiscalité qui leur est appliquée, leur dépendance aux marchés obligataires et les risques réglementaires — notamment celui lié à la loi Sapin 2 — amènent de nombreux épargnants à s’interroger : les fonds euros ont-ils encore la place centrale qu’ils occupaient hier dans une stratégie patrimoniale ? Ou doivent-ils être repensés au profit de solutions plus diversifiées ?

Un pilier historique fragilisé par les évolutions macroéconomiques

Durant plus de deux décennies, les fonds euros ont bâti leur succès sur un triptyque rassurant : sécurité du capital, effet cliquet — qui garantit que les gains annuels sont définitivement acquis — et liquidité rapide. C’est ce modèle qui a permis à ces supports d’atteindre plus de 1 400 milliards d’euros d’encours en France et de devenir la colonne vertébrale des contrats d’assurance-vie.

Mais ce fonctionnement repose sur une mécanique peu connue du grand public : les assureurs investissent majoritairement les fonds euros dans des obligations d’État et d’entreprises, réputées sûres mais très sensibles aux variations de taux.

Or, la remontée brutale des taux à partir de 2022 a fait chuter la valeur des obligations anciennes, faiblement rémunérées, encore présentes dans les portefeuilles.

Si les assureurs ont pu lisser cette baisse grâce à leurs réserves et à la durée longue de leurs portefeuilles, les conséquences se font sentir : la capacité à distribuer des taux attractifs reste limitée.

Malgré un rendement moyen revenu autour de 2,5 % à 3,5 % selon les contrats, l’écart avec l’inflation et les prélèvements sociaux réduit fortement la performance réelle. Pour certains épargnants, la promesse de rendement sans risque semble donc aujourd’hui moins convaincante.

La loi Sapin 2 : une épée de Damoclès sur la liquidité

S’il existe un sujet qui inquiète de plus en plus les détenteurs d’assurance-vie, c’est bien la loi Sapin 2. Adoptée en 2016, elle permet au Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) de bloquer temporairement les retraits en cas de menace grave pour la stabilité financière.

Même si cette mesure n’a jamais été appliquée, elle soulève un enjeu majeur : le capital est protégé, certes, mais la liquidité ne l’est plus totalement.

Pour les épargnants qui utilisent leur assurance-vie comme réserve disponible en cas de coup dur, cette possibilité de blocage — même exceptionnelle — est perçue comme une remise en cause du caractère « refuge » des fonds euros.

Dans un contexte marqué par l’instabilité géopolitique, les tensions obligataires et la volatilité des taux, le risque réglementaire prend une importance nouvelle, en particulier pour ceux qui ont concentré une grande partie de leur patrimoine sur ce support.

Une fiscalité moins avantageuse qu’on le croit

Autre point souvent sous-estimé : la fiscalité des fonds euros.

Contrairement aux unités de compte, les intérêts générés par les fonds euros sont soumis chaque année aux 17,2 % de prélèvements sociaux, même si l’épargnant ne fait aucun retrait.

Ce détail a un impact significatif :

  • Il diminue l’effet de capitalisation ;
  • Il réduit la performance nette à long terme ;
  • Il accentue l’écart avec des supports comme les ETF actions, les obligations en direct, ou même les livrets réglementés selon la conjoncture.

Pour certains investisseurs, cette fiscalité annuelle apparaît comme un frein, d’autant plus dans un contexte où le rendement brut des fonds euros peine déjà à compenser l’inflation.

Des alternatives de plus en plus crédibles et attractives

Face à ces limites, de nombreux épargnants choisissent de diversifier leurs placements.
Plusieurs tendances se dessinent :

1. Les ETF actions via PEA ou assurance-vie
Ils séduisent par leur performance moyenne de long terme (6 à 8 % par an), bien supérieure à celle des fonds euros, malgré une volatilité plus importante.

2. Les supports immobiliers (SCPI, SCI, OPCI)
Recherchés pour leurs revenus potentiels réguliers, ils apportent une diversification décorrélée des marchés financiers, même si leur liquidité est parfois limitée.

3. Les ETF obligataires
Portés par la remontée des taux, ils permettent d’accéder au marché obligataire sans passer par un fonds euro, tout en bénéficiant d’une transparence de composition et de frais souvent réduits.

Ces alternatives témoignent d’un changement de paradigme : l’épargnant français, traditionnellement prudent, s’ouvre davantage à la diversification et accepte de mieux comprendre le couple risque-rendement.

Un outil qui garde son utilité, mais dont la place doit être repensée

Pour autant, les fonds euros n’ont rien perdu de leur intérêt structurel. Leur faible volatilité, leur stabilité, et leur rôle de filet de sécurité en font toujours un support pertinent. Ils restent adaptés pour :

  • Sécuriser une partie du patrimoine ;
  • Lisser le risque d’un portefeuille ;
  • Constituer une épargne de précaution à moyen terme.

Ce qui change, c’est leur poids dans la stratégie patrimoniale.

Le fonds euro n’est plus — et ne doit plus être — le placement « par défaut » qu’il était il y a dix ou vingt ans. Il s’inscrit désormais comme une brique parmi d’autres d’un patrimoine équilibré.

La clé est d’adopter une allocation adaptée à l’horizon de placement, au besoin de liquidité et à la tolérance au risque. Dans un environnement durablement incertain, la diversification n’est plus une option : c’est une nécessité.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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