IA : L’explosion des investissements annonce-t-elle une bulle à la manière des années 2000 ?

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L’intelligence artificielle – IA – s’impose désormais comme le cœur battant de l’économie mondiale. Entre Big Tech qui investissent des dizaines de milliards dans les infrastructures, États qui en font un pilier stratégique et start-up qui lèvent des capitaux record, la dynamique semble irrésistible. Mais cette frénésie soulève une question essentielle : l’explosion des investissements dans l’IA est-elle réellement soutenable, ou prépare-t-elle une bulle comparable à celle d’Internet au début des années 2000 ? De plus en plus d’économistes redoutent une correction brutale susceptible d’emporter de nombreuses entreprises.

Une explosion d’investissements inédite depuis la bulle Internet

Le parallèle avec la période 1998-2001 est frappant. À l’époque, des milliers d’entreprises Internet attiraient des investissements massifs sans disposer de revenus significatifs. Aujourd’hui, une dynamique similaire s’observe dans l’IA générative, les semi-conducteurs et les solutions cloud.

De nombreuses sociétés affichent des valorisations disproportionnées par rapport à leur modèle économique, parfois encore inexistant, ou à une base de clients très limitée.

L’IA est perçue comme la nouvelle frontière de la productivité mondiale. Dans des secteurs comme la santé, la finance, la logistique ou les services informatiques, les gains potentiels sont considérables.

Cette anticipation pousse les investisseurs à accepter un niveau de risque rarement observé. La rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine accentue encore le phénomène, stimulant une course aux investissements publics et privés.

Des coûts colossaux qui fragilisent les entreprises les plus vulnérables

Si l’enthousiasme est réel, beaucoup de dirigeants sous-estiment les coûts liés à l’intelligence artificielle. Construire ou entraîner un modèle avancé nécessite des milliers de GPU dont les prix ont flambé, une quantité d’énergie très élevée, des équipes de chercheurs rares et coûteuses, ainsi qu’une infrastructure logicielle complexe.

Contrairement au logiciel classique, l’IA ne garantit pas une scalabilité rentable : les coûts d’inférence peuvent devenir prohibitifs lorsque l’usage augmente.

Ce modèle économique met particulièrement en difficulté trois types d’acteurs :

  • Les start-up dépendantes de modèles externes sans technologie propriétaire ;
  • Les entreprises ayant parié sur des bénéfices rapides qui tardent à apparaître ;
  • Les sociétés traditionnelles investissant massivement pour suivre la tendance, au risque d’alourdir leurs charges sans retour immédiat.

Dans certains cas, le coût d’exploitation d’une application IA dépasse les revenus qu’elle génère, poussant certaines entreprises à revoir leurs ambitions ou à renoncer à leurs projets.

Un marché dominé par quelques géants

Le risque systémique est accentué par la dépendance extrême à Nvidia, dont les GPU constituent aujourd’hui l’épine dorsale de l’écosystème IA. Une augmentation de prix, une pénurie ou une tension géopolitique suffirait à fragiliser des centaines d’entreprises dépourvues d’alternatives.

En parallèle, les acteurs historiques comme Microsoft, Google, Meta, Amazon ou Apple concentrent déjà l’essentiel des bénéfices. Ils disposent d’infrastructures colossales, de ressources humaines d’élite et d’une base de clients gigantesque.

Comme lors de l’essor d’Internet ou du smartphone, la valeur ajoutée risque une nouvelle fois de se concentrer entre les mains de quelques groupes, laissant peu d’espace aux nouveaux entrants.

Les signaux faibles d’une bulle déjà en formation

Plusieurs éléments nourrissent l’hypothèse d’une bulle :

  • Des levées de fonds massives avant même l’existence d’un produit fonctionnel ;
  • Des valorisations qui dépassent parfois cinquante fois les revenus annuels ;
  • Des achats de GPU motivés plus par la peur de manquer que par un besoin réel ;
  • La multiplication d’applications IA identiques, sans différenciation et sans barrière à l’entrée.

Une baisse de la demande, une hausse des coûts énergétiques ou un ralentissement de la croissance pourrait provoquer une vague de faillites comparable à celle du début des années 2000.

Une révolution durable, mais une sélection impitoyable

L’intelligence artificielle transformera durablement l’économie mondiale. Elle créera de nouveaux métiers, améliorera la productivité et bouleversera des secteurs entiers. Mais cette réalité ne garantit en rien la survie de toutes les entreprises qui se lancent aujourd’hui dans l’IA.

L’emballement actuel, parfois irrationnel, pourrait provoquer une consolidation sévère, au cours de laquelle seules les entreprises disposant d’une technologie propriétaire, d’un modèle économique solide ou d’un avantage concurrentiel net résisteront.

La révolution de l’IA est bien réelle. Le risque d’un effondrement silencieux pour une grande partie des acteurs l’est tout autant.

Précision : Les informations contenues dans cet article n’engagent que le rédacteur et ne sauraient se substituer à un conseil financier spécifique. Elles ne sont valables qu’à la date de leur rédaction uniquement.

Jeremy ESSERYK
Conseiller en Investissements Financiers
Courtier en assurances et en prêts bancaires en Europe
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