Un mois et demi après le choc provoqué par les annonces protectionnistes de Donald Trump, le CAC 40 a spectaculairement rebondi, retrouvant son niveau d’avant-crise. Ce retour rapide en territoire positif suscite une question essentielle pour les investisseurs : cette dynamique haussière peut-elle se maintenir jusqu’à la fin de l’année, ou s’agit-il d’un simple rebond temporaire avant une nouvelle secousse ?
Un retour rapide aux sommets
Ce matin, l’indice phare de la Bourse de Paris a ouvert autour des 7 800 points, atteignant ainsi le niveau qu’il affichait le 1er avril dernier, à la veille des annonces américaines sur le relèvement des droits de douane.
À l’époque, ces décisions unilatérales avaient précipité une chute brutale de l’indice parisien, qui avait perdu près de 13 % en une seule semaine. Le marché semblait alors s’orienter vers une nouvelle crise majeure.
Pourtant, à la surprise générale, le CAC 40 a effacé ces pertes en moins de six semaines. « L’on pouvait sincèrement redouter une réplique de 2020, avec un krach violent comme celui qui avait suivi l’annonce du premier confinement », explique Antoine Andreani, responsable de la recherche chez XTB France. « Mais bien que la panique ait été réelle, l’épisode s’est avéré bien moins grave qu’en mars 2020, où l’indice avait mis un an à se relever d’une chute de 30 % ».
Une résilience portée par les fondamentaux
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette remontée éclair. D’abord, le caractère temporaire du choc : contrairement à une crise sanitaire ou financière systémique, l’élément déclencheur était ici une décision politique ponctuelle, rapidement atténuée par les premiers signaux d’apaisement sur le front commercial.
Des accords ont en effet été signés dans la foulée entre les États-Unis et plusieurs partenaires, notamment le Royaume-Uni et la Chine, faisant espérer une sortie rapide de cette phase d’incertitude.
D’un point de vue structurel, la tendance reste haussière depuis plus d’une décennie. Depuis le point bas de mars 2009, la Bourse évolue dans un cycle de croissance alimenté par la politique monétaire accommodante des banques centrales, le développement technologique et les stratégies de réinvestissement automatiques des grands acteurs institutionnels. « La Bourse inspire et expire de façon naturelle », souligne Antoine Andreani. « À chaque baisse marquée, les institutionnels réinvestissent massivement, ce qui soutient mécaniquement les cours ».
Les données de long terme confirment cette robustesse. Selon une récente étude de l’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF), les actions, toutes places confondues, ont enregistré un rendement moyen de 7,8 % par an depuis 2009.
Elles ont ainsi surperformé l’immobilier, les obligations et l’épargne réglementée, malgré des crises aussi diverses que le Brexit, la crise des dettes souveraines, la pandémie de Covid-19 ou encore la guerre en Ukraine.
Vers une fin d’année incertaine
Si les fondamentaux restent solides, plusieurs éléments invitent toutefois à la prudence. « Le rebond actuel n’est pas nécessairement le début d’un rallye ininterrompu », tempère Andreani.
Les marchés pourraient être confrontés à de nouveaux épisodes de volatilité à court ou moyen terme. L’une des principales sources de risque réside dans l’évolution des relations commerciales entre les grandes puissances.
La trêve de 90 jours conclue entre Washington et Pékin pourrait ne déboucher sur aucun accord durable, ravivant les tensions.
De plus, les tensions pourraient également s’étendre à l’Union européenne, notamment en matière de réglementation numérique, de subventions ou de transition énergétique, sujets particulièrement sensibles entre Bruxelles et Washington.
Enfin, l’évolution du CAC 40 demeure étroitement liée aux grandes places financières mondiales, en particulier Wall Street. Or, les investisseurs américains attendent toujours un signal clair de la Réserve fédérale sur une éventuelle baisse de ses taux directeurs.
Tant que l’inflation ne reculera pas de manière significative aux États-Unis, la Fed pourrait maintenir une politique monétaire restrictive, ce qui pèserait sur les marchés mondiaux.
Rester vigilant malgré la reprise
Le CAC 40 a démontré une remarquable capacité de résilience, confirmant une fois de plus que vendre dans la panique reste une erreur fréquente des investisseurs.
Toutefois, la volatilité pourrait persister dans les mois à venir, et les incertitudes géopolitiques ou monétaires pourraient entraîner de nouvelles secousses.
Pour les investisseurs, l’heure est donc à la vigilance, à la diversification et à une gestion active des portefeuilles, plutôt qu’à l’euphorie.


